Chapitre I: La Dépravation Totale
(Total
Depravity)
Herman Hanko
Dans ce chapitre, il sera question de la doctrine de
la «Dépravation Totale». Cette doctrine est l’un des cinq
points du Calvinisme, et je pense qu’il serait approprié de donner un
bref aperçu historique de ces cinq points.
Nous nous retrouvons au moment de la controverse
Arminienne du 16ième et 17ième siècle. Un homme
du nom de Jacob Arminius commença à enseigner dans les églises
Réformées des Pays-Bas, des doctrines contraires à la Foi Réformée
et aux Écritures. Au début de 17ième siècle, en 1610 pour
être exact, ses partisans qui faisaient partie des Remontrants, avaient
établi cinq points de doctrine dans lesquels ils exprimaient leurs
points de vue. Ils présentèrent ce document aux églises Réformées
des Pays-Bas, dans l’espérance qu’il serait approuvé et adopté.
Ce ne fut qu’à l’automne 1618, que le Synode
Général des Églises Réformées fut appelé à considérer ce
document présenté par les Arminiens. À ce Synode étaient présents,
non seulement les délégués des Églises Réformées des Pays-Bas,
mais les délégués des Églises Réformées de tout le continent d’Europe.
Après une étude sérieuse, ces cinq points des Arminiens furent
considérés contraires aux Écritures et furent rejetés. Mais en
réponse à ce document, nos Pères, au Grand Synode de Dordrecht,
présentèrent cinq doctrines; lesquelles, ils considéraient comme la
réponse Scripturaire et Confessionnelle à la position des Arminiens.
Ces cinq points ont été mis dans les cinq Canons de Dort et, par la
suite, ont été reconnus comme les Cinq Points du Calvinisme.
Le fait que ces doctrines furent appelées les cinq
points du Calvinisme, prouvent que nos Pères à Dordrecht ne
considéraient pas en être les auteurs. À ce Synode, il a été
établi qu’ils n’avaient aucune intention de développer une
doctrine. Ils ont toujours maintenu la position, que les Arminiens
avaient mis de l’avant des doctrines qui étaient contraires à la foi
historique. Et en réponse aux Arminiens, ils voulaient réitérer la
position des Églises Réformées depuis le temps de la Réforme de
Calvin.
En réalité, nos Pères à Dordrecht savaient très
bien que les vérités appuyées par les Canons, remontaient encore plus
loin que la Réforme de Calvin; elle pouvaient être retracées jusqu’à
la théologie d’augustin, qui avait vécu mille ans avant que Calvin
débute son œuvre à Genève. C’était Augustin qui avait
originalement défini ces vérités. À maintes reprises, Calvin rendait
hommage au travail d’Augustin, en affirmant que ce qu’il disait
avait été dit auparavant par l’Évêque de Hippo. Le Synode de
Dordrecht était conscient de tout cela.
C’était important de le préciser, parce que nous
devons comprendre que la vérité de la Dépravation Totale, n’est pas
une nouvelle doctrine. Elle a une longue histoire. Elle a été la
confession de l’église depuis le 5ième siècle après
Christ. Après avoir formulé ces vérités, les Pères à Dordrecht ont
noté en conclusion dans les Canons. La déposition suivante:
Le Synode a jugé que cette doctrine est vraiment tirée de la
Parole de Dieu et agréée par les Confessions des Églises
Réformées.
Cela veut dire que la vérité sur la Dépravation
Totale, qui était confessée depuis longtemps dans l’église de
Jésus-Christ, faisait partie des confessions de l’église parce que l’église
a toujours cru que cette vérité était fondée sur la Parole de Dieu.
Si souvent, il arrive que ceux qui ont de sérieuses objections à
propos de la vérité de la Dépravation Totale, émettent ces remarques,
non sur la base de la Parole de Dieu, mais sur la base d’observations
personnelles. En regardant autour d’eux parmi les hommes, ils
remarquent qu’il se trouve apparemment beaucoup de bien accompli par
les hommes, sans la puissance de la grâce souveraine. Et basées sur
ces observations, ils en viennent à certaines conclusions qui nient la
vérité de la Dépravation Totale.
Nous devons mettre l’emphase, que cette vérité ne
doit pas être formulée sur la base de nos observations personnelles.
Mais plutôt, cette vérité doit être basée sur la Parole de Dieu
seulement. En d’autres mots nous devons nous incliner devant l’autorité
infaillible et souveraine des Écritures. Nous devons écouter les
sentences que Dieu prononce sur les hommes et sur nous-même. Écoutons
ce que Dieu a à dire concernant notre dépravation; alors nous
découvrirons la vérité concernant le genre humain en général et
nous-même en particulier.
Trois sujets seront pris en considération, reliés
à la Dépravation Totale.
- Qu’est-ce que la Dépravation?
- Que veut dire Dépravation Totale?
- Quelle est l’importance de cette doctrine?
I. Qu’est-ce que la Dépravation?
Avant d’entrer en discussion sur le sens de la
Dépravation Totale tel que décrit dans les Écritures, c’est
important de survoler brièvement l’histoire depuis l’époque de St
Augustin jusqu’à l’époque du Synode de Dort. Cette histoire nous
réserve peut-être des surprises.
Ce sont les enseignements, d’un certain Pélage,
qui sont apparus à Rome au début du 5ième siècle, qui
donna à Augustin l’occasion de formuler la vérité de la
Dépravation Totale. Pélage avait commencé à enseigner des vues qui
étaient totalement en désaccord avec les Écritures. Il enseignait que
chaque enfant né dans ce monde, naissait bon et sans péché. De plus,
il insistait que chaque enfant était aussi bon qu’Adam lors de sa
création par Dieu, avant de manger du fruit défendu. Si vous aviez
demandé à Pélage: «Quelle est la raison du péché dans le monde?»
Il aurait répondu: «C’est déterminé par la possibilité de l’homme
de choisir ce qui est bien ou ce qui est mal.» Pélage disait que la
nature de l’homme était inclinée au bien. En fait, il y avait eu,
selon lui, dans l’histoire du monde, des hommes qui avaient vécu leur
vie entière sans commettre de péchés. Mais certains hommes avaient
péché. Ils avaient péché, du au fait qu’ils choisissaient les
mauvaises habitudes de leurs amis. Du point de vue de Pélage, le
péché est une habitude. Comme il est vrai pour toute habitude, ainsi
en est-il pour le péché; plus un homme pratique un péché en
particulier, plus les racines de cette habitude seront profondes dans sa
nature. Néanmoins, d’après Pélage, le péché n’est pas autre
chose qu’une habitude. Si le péché est strictement une habitude,
alors la solution à ce problème est donc de briser cette habitude.
Rien de plus. Dans cet ordre de pensée, Pélage insiste sur le fait que
nous n’avons pas besoin de salut, ni de grâce et encore moins de la
Grâce Souveraine. Tout ce que l’homme doit faire s’il veut briser
cette habitude de pécher, c’est de prendre une ferme résolution. Par
le choix de sa propre volonté, il parviendra à ne plus pécher.
Augustin s’est élevé haut et fort contre ces vues
antiscripturaires. Augustin lui-même savait mieux. Il savait que dans
sa propre vie, il avait expérimenté quelque chose de bien différent.
Au début de sa vie, Augustin était immoral et très mauvais. Il avait
commis beaucoup de péchés. D’après son expérience personnelle, il
savait que le péché était plus qu’une simple habitude. C’était
une force vicieuse, destructive et très puissante dans la nature même
de l’homme. Il avait appris, par la Grâce et la Miséricorde de Dieu,
qu’il ne cessait d’exalter, que la seule possibilité d’être
libéré du péché se trouvait dans la puissance de la Grâce
Souveraine.
Ses convictions étaient basées sur la vérité des
Écritures. Il insistait, que si Adam avait été créé par Dieu,
parfait et droit, néanmoins, la chute avait apporté des conséquences
sur Adam et sa postérité … des conséquences tellement grave que l’homme
était devenu incapable de faire le bien quel qu’il soit. Augustin
insistait tellement sur ce point, qu’il avait même inclus dans sa
condamnation, les bonnes œuvres apparentes des païens, des philosophes
tels que Socrate, Platon et Cicero. Il affirmait que ces œuvres n’étaient
pas bonnes et ce dans tous les sens du mot, qu’elles étaient une
perversion et une corruption de ce qui est bien; et que la possibilité
de faire le bien se trouvait seulement dans la puissance de la Grâce
souveraine de Dieu.
À l’exception de quelques-uns, les points de vue d’Augustin,
ne prévalaient pas dans les églises de son temps. Au contraire, dans
les églises une doctrine prenait place, reconnue sous le nom de Semi
Pélagianisme. Ceux qui adoptaient cette doctrine ne désiraient pas
être aussi ridicules et extrémistes que le fut Pélage, mais en même
temps, ils refusaient d’adopter le système d’Augustin. Ils firent
donc des compromis. En acceptant ces compromis ils inventaient une
nouvelle hérésie.
Ils enseignaient que l’homme né en ce monde n’est
pas bon. Son état est différent de celui d’Adam, avant la chute.
Mais en reconnaissant cela, ils insistaient cependant à dire que l’homme
n’était pas totalement dépravé. Ils considéraient que l’homme
était malade. Cette maladie dont il était atteint était mortelle, et
que si cette maladie n’était pas traitée, elle avait comme
conséquence, la mort. Toutefois, ils affirmaient que dans cette
période de maladie, l’homme était capable d’accomplir beaucoup de
bien. En particulier, il était capable de sa propre volonté, de
demander au Grand Médecin de bien vouloir le guérir, par le baume de
la grâce curative, et le sauver de sa maladie fatale. Dieu pour sa
part, avait préparé le salut pour tous les hommes, selon les Semi
Pélagianismes, Il avait préparé le remède pour guérir cette maladie
qui affligeait le genre humain. Dieu désirait donner ce baume curatif
à tous les hommes, et cette offre pouvait être refusée ou acceptée
par eux. Voila les limites que Dieu ne dépassera pas, disaient-ils! Ce
baume curatif serait appliqué à l’homme pour guérir sa maladie, si
l’homme lui-même le désirait. Toute la question de cette guérison
… de ce salut, dépend du choix de sa propre volonté.
Si cette position du Semi Pélagianisme vous semble
familière et apparaît caractéristique de la prédication des temps
modernes, soyez assuré du fait qu’elle est en réalité une ancienne
hérésie.
Tout le système du Semi Pélagianisme est devenu la
fondation de la doctrine Catholique Romaine, du salut par les œuvres. L’imposante
structure du salut par les œuvres du Catholicisme a été fondée
uniquement sur les modifications du Pélagianisme.
Ce n’est qu’au moment de la Réforme Protestante,
que les vérités soutenues par Augustin, furent de nouveau les
vérités proclamées dans l’église. Martin Luther débuta cette
réforme en opposition à l’Église Catholique Romaine, sur la
doctrine de justification par les œuvres, réalisant que cette doctrine
devait être abolie, et qu’il fallait de nouveau revenir à la ferme
position de la Dépravation Totale. Il insista que cette dépravation
est si complète, que même la volonté de l’homme est elle-même
totalement esclave du péché. Il a écrit un livre, encore disponible
aujourd’hui, qui a pour titre: «L’esclavage de la volonté» (The
Bondage of the Will).
Mais c’est Jean Calvin qui reprit cette vérité en
lien avec la vérité de la Parole de Dieu et qui formula cette vérité
comme elle fut exprimée au temps du Synode de Dordrecht. Il n’est pas
nécessaire d’entrer dans tous les détails, à propos de l’enseignement
de Calvin. Ceux qui sont familiers avec les écrits de Calvin (en
particulier dans son Institutes) savent que cette vérité de la
Dépravation Totale est enseignée et présupposée sur presque chaque
page. La citation suivante démontre sa dépendance sur Augustin. En
discutant l’utilisation du terme «concupiscence» par Augustin, il
écrit,
… notre nature est non seulement destituée de
tout bien, mais si fertile dans toute sorte de mal, qu’elle ne
peut demeurée inactive. L’expression «concupiscence» n’est
pas incorrecte, si seulement on rajoutait, ce qui est loin d’être
concédé par la plupart, que toutes choses en l’homme, la
compréhension et la volonté, l’âme et le corps, sont pollués
et gardés captifs par la concupiscence; bref l’homme n’est rien
d’autre que »concupiscence (Institutes, Vol. I, Bk II,
Chap. 1, Para. 8).
C’était cette vérité que Calvin a défendue en
rendant hommage à Augustin. C’était la vérité formulée par nos «pères»
au Synode tenu à Dordrecht.
Que signifie-t-on par Dépravation? Que voulaient
dire nos «pères»? Qu’est-ce que les Écritures enseignent?
Premièrement, la dépravation se rapporte au péché.
Ça semble évident; mais seulement dans la mesure où nous mettrons l’emphase
sur la réalité et le vrai caractère du péché, serons-nous capables
de maintenir la vérité de la dépravation totale.
Historiquement et aujourd’hui, ceux qui nient la
vérité sur la dépravation totale, sont aussi ceux qui amoindrissent l’horreur
du péché. C’est pourquoi le péché n’est pas pris au sérieux
aujourd’hui. Pélage le considérait comme une habitude. Les Semi
Pélagianismes le considérait comme une maladie. Et aujourd’hui on
prend le péché à la légère, avec un haussement d’épaules. On
refuse de reconnaître l’horreur du péché, tel que décrit dans les
Écritures. À l’autre extrême du monde ecclésiastique sont les
théologiens libéraux qui disent que le péché est seulement une
affliction sociale ou un déficience mentale. Le traitement pour le
péché sera trouvé dans la réhabilitation sociale, dans le
bénévolat, dans les réformes sociales et dans la réformation du
caractère extérieur. C’est le remède au péché, car le péché est
perçu comme un reste de notre ascendance animale que nous avons gardé,
suite à notre évolution progressive.
Mais plus près de nous, dans la mesure ou le péché
est considéré comme une habitude … une maladie, l’horreur du
péché a été rejeté et la vérité de la dépravation totale s’est
avérée impossible à maintenir.
Les Écritures nous donnent une opinion bien
différente du péché. Les Écritures nous informent catégoriquement
que le péché est toujours commis en rapport avec Dieu. C’est
fondamental. Dieu est le Seigneur Saint et Souverain du ciel et de la
terre. Il est infiniment parfait. Sa sainteté est si grande et la
gloire de l’éclat de Ses perfections si brillante, que les anges
couvrent leur visage et chantent continuellement : «Saint, Saint,
Saint, est le Seigneur Dieu Tout-Puissant». C’est contre lui que tout
péché est commis. Ceci ce doit jamais être oublié. Le péché est
une contradiction à Sa sainteté. C’est une rébellion contre le
Seigneur du ciel et de la terre. Chaque péché, peu importe qu’il
soit considéré petit ou insignifiant, est commis par rapport à notre
relation avec Dieu. Dieu créa l’homme et le plaça dans le Paradis.
Et le seul but de Dieu en créant l’homme, c’était que l’homme
glorifie son Créateur. C’était la seule raison pour laquelle Dieu
avait créé l’homme et l’avait placé dans le Paradis. Avec sa vie,
avec tout ce qu’il était, avec toute la création sur laquelle il
dominait, son seul appel était de louer et glorifier Dieu qui seul
méritait, toutes louanges et toute gloire.
En mangeant du fruit défendu, Adam commettait un
péché contre Dieu. C’était un péché de désobéissance contre l’ordre
express qu’il avait reçu de Dieu. Ce péché de désobéissance
contre Dieu, c’était aussi une détermination consciente,
délibérée, de cesser de remplir le but pour lequel il avait été
créé. Adam ne voulait plus rien savoir de Dieu et de sa gloire. Il
avait choisi de faire partie du camp de l’ennemi. Il choisit de
représenter Satan et d’aider Satan dans son plan abominable de voler
le monde à son Créateur. Il tourna délibérément dos au Dieu du ciel
et de la terre par ce seul acte de désobéissance. Voila ce qui rendait
son péché si horrible. C’était commis contre Dieu.
Jusqu’à maintenant, et dans toute l’histoire de
ce triste monde, il n’y a jamais eu autre sorte de péché. Ceci, nous
devons le comprendre. Ça ne donne rien de parler du péché en terme de
relations sociales ou d’inadaptation sociale. Le péché est
contre le Dieu du ciel et de la terre. C’est pour cette raison que le
châtiment du péché est tellement grand.
Le châtiment est donc, que Dieu fit mourir Adam.
Vous pouvez comprendre pourquoi c’était nécessaire. Dieu avait
créé Adam, afin qu’Il représente Sa cause dans le monde, et qu’il
puisse glorifier son Créateur. C’était le seul but de son existence,
et il refusa de faire cela. Il choisit de glorifier le diable. Ce fut le
désir d’Adam. Pour cette raison, il n’y avait plus de place pour
lui dans le monde de Dieu. Alors, Dieu fit mourir Adam. «Le jour où tu
en mangeras, tu mourras sûrement.»
Que signifie, Dieu fit mourir Adam? Il n’est pas
tombé mort au pied de l’arbre, comme nous le savons très bien.
Premièrement, ça signifie que Dieu a déversé sur Adam la fureur de
Sa colère et de Sa haine. Dieu a détesté Adam. Ça ne pouvait être
autrement si Dieu voulait maintenir Sa Sainteté comme Il l’a toujours
fait et qu’Il doit le faire à cause de son nom. Il ne pouvait aimer
quelqu’un qui avait péché et qui n’était aussi saint que Lui.
Vous comprenez que cela est maintenant en dehors de Christ. Nous savons
que Adam a été sauvé en Christ. Mais en ce qui concerne la mort qui
est venue sur Adam, Dieu a déversé sur lui Sa colère. C’était dans
la nature de Dieu même, d’agir ainsi. Adam était séparé de Dieu.
Comme il fut chassé du Paradis, il fut aussi privé de la présence de
Dieu. Sa vie qui avait été ensoleillée par la faveur de Dieu, était
devenue ombragée par les nuages de la colère de Dieu. Il avait connu
la joie, la paix, le bonheur et une vie en relation avec son Créateur,
mais maintenant, ce n’était que détresse, séparation, colère,
trouble, affliction, angoisse et la mort.
Deuxièmement, le fait que Dieu fit mourir Adam a
amené sur Adam la dépravation totale. Voila ce que la mort signifie.
La mort et la dépravation sont synonymes. Comment l’apôtre Paul l’exprime-t-il
dans Éphésiens 2:5? «… alors que nous étions spirituellement morts
à cause de nos fautes, il nous a fait revivre les uns et les autres
avec le Christ.» Le châtiment pour la terrible transgression d’Adam,
fut que Dieu apporta sur Adam l’horreur de la dépravation totale. Il
le rendit esclave du péché dans son être et dans sa nature au complet.
C’était la punition du péché, et c’est en terme de punition du
péché, que nous devons considérer la vérité de la dépravation
totale. Puisque le péché est si terrible, il mérite une punition
terrible. La dépravation totale de la nature de l’homme est la
punition du péché. Ainsi tous depuis Adam, homme, femme et enfant,
tous sont totalement dépravés.
Comment est-ce possible que tous les hommes sont
totalement dépravés? Brièvement, nous devons mentionner deux raisons.
La première, tous les hommes en Adam sont
responsables du péché qu’Adam a commis. Adam était la tête de la
race humaine, comme Christ est la Tête de Son peuple élu. L’apôtre
Paul l’exprime en ces mots : «Car tous meurent en Adam, de même
aussi tous seront vivifiés en Christ» (I Corinthiens 15:22). Adam
était la tête de tous les hommes, et tous les hommes sont ainsi
responsables de sa transgression.
La deuxième, Adam étant le père de tout le genre
humain, nous avons hérité de la corruption et de la dépravation
transmise par Adam. David l’avait chanté dans sa complainte: «Voila
j’ai été formé dans l’iniquité, et ma mère m’a conçu dans le
péché» (Psaume 51:7).
C’est ainsi que la dépravation totale est venue
sur tous les hommes.
II. Que veut dire la Dépravation Totale?
Les Écritures et nos Confessions nous enseignent
que cette dépravation est totale.
Avant d’entrer dans une description détaillée, je
dois attirer votre attention sur des distinctions qui ont été faites
et qui sont devenues très populaires. Ces distinctions cherchent à
adoucir la vérité de la dépravation totale. Il y a la distinction qui
est parfois faite entre la dépravation totale et la dépravation absolue.
Cette distinction prétend que si l’homme est totalement dépravé, il
n’est pas absolument dépravé. La citation suivante servira à
élucider le sens de cette distinction. (Elle est prise dans La
Bannière, et trouvée dans un article qui explique les Canons de Dort,
tout spécialement Canons III/IV:4.)
Le résultat de la chute est la dépravation
totale ou la corruption. Ça veut dire que chaque partie de l’homme
est devenue corrompue. Les Canons disent que les hommes dans l’aveuglement
de leur esprit, dans une obscurité horrible, par un jugement
pervers et vaniteux, ils sont devenus mauvais, rebelles et obstinés
de cœur et de volonté et impurs dans leurs affections. Il n’y
avait aucune partie de sa nature qui n’était pas affectée par le
péché. Le mot «total» ne doit pas être pris dans le sens absolu
comme si l’homme était complètement dépravé. L’homme n’est
pas aussi mauvais qu’il pourrait être. L’article 4 que nous
espérons examiner plus profondément plus loin dans cette série,
parle d’une faible lueur de la lumière qui reste dans l’homme
depuis la chute. Dieu restreint les hommes dans leur capacité de
pécher durant leur vie sur terre. L’homme pécheur garde toujours
le sens de ce qui est bien et ce qui est mal. Sa corruption est
totale dans le sens qu’il n’y a aucune partie de son être qui
soit pure et sainte; et le bien qu’il fait est fait pour Dieu et
pour Sa gloire.
Dans cette citation les distinctions sont faites
entre la dépravation totale et la dépravation absolue. La dépravation
totale veut dire que l’homme est dépravé dans chaque partie de
son être. Mais tandis qu’il est dépravé dans chaque partie de
son être, en même temps, demeure dans chaque partie de son être, un
reste de bien … un reste de bon. La dépravation absolue signifie que
chaque partie de son être est complètement mauvaise. Cette distinction
fut donc apportée afin de laisser un peu de place pour le bien que
chaque homme peut faire Et ce «bien» est particulièrement relié à
la possibilité d’accepter l’Évangile. C’est précisément ce que
nos Canons ne veulent pas dire par la dépravation totale.
Une autre distinction qui est souvent faite, c’est
celle entre le motif intérieur du cœur et l’œuvre extérieure.
Plusieurs soutiennent que même si la nature de l’homme est dépravée,
il a quand même, en ce qui concerne ses œuvres extérieures, une
capacité considérable d’accomplir le bien. Il peut faire des œuvres
qui sont en harmonie avec la loi de Dieu. Il ne vit pas une vie
totalement adultère. Il ne marche pas sur la rue en pointant une arme a
feu sur tous ceux qu’il rencontre. Il est capable de conformer sa vie
extérieurement en obéissance à la loi de Dieu, et de faire beaucoup
de bien même si à l’intérieur il est corrompu.
Ça aussi, c’est une chose que nos «pères» ne
voulaient pas dire. Ils ont parlé de dépravation totale. En réalité,
l’homme est aussi mauvais qu’il le peut. C’est ce que les
Écritures enseignent.
Il y a aussi une autre distinction qui doit être
apportée entre ce qui est appelé spirituellement bien et naturellement
bien. La citation précédente suggère cette distinction. «Spirituellement
bien» voudrait dire «bien» dans le sens de base possible pour le
salut. L’homme pourrait lui-même tenter de faire un pas en direction
du ciel. Ils insistent en effet, que l’homme est incapable d’un tel
«bien spirituel,» mais néanmoins, il est capable de «bien naturel.»
Par bien naturel, nous désignons des gestes de bonté qui seraient
conformes à la loi de Dieu. Ceux qui maintiennent ceci, démontrent au
monde dans lequel nous vivons, que plusieurs parviennent à accomplir du
«bien naturel.»
Ces distinctions tentent d’une façon ou d’une
autre, d’amoindrir la dureté de la doctrine de la dépravation totale.
Quand Calvin et nos «pères» de Dort ont insisté
sur le fait que la dépravation était totale, ils connaissaient très
bien la signification de ces mots. Ils comprenaient que l’expression
«dépravation totale» signifiait ce que les Écritures appellent
«mort.» Le pécheur est mort; il est mort spirituellement du moment
même de sa naissance. Il n’est pas malade. Il n’est pas affligé d’une
infirmité ou malformation qui pourrait être fatale. Il est mort. Voila
l’enseignement emphatique des Écritures. La Parole de Dieu a toujours
comparé l’état de pécheur à celui de la mort.
Qu’est-ce que cela signifie?
Cela veut dire que la nature humaine étant si
complètement corrompue par le péché, elle ne peut rien produire de
bon. Il est impossible au pécheur de faire quelque chose qui soit
agréable aux yeux de Dieu. Son cœur est mort. Salomon ne dit-il pas:
«car de ton cœur jaillissent les sources de la vie» (Prov. 4:23).
Pourtant le cœur, qui est la source de vie, est mort. L’esprit de l’homme
est mort. L’esprit de l’homme est tellement obscurci par le péché,
qu’il lui est impossible de savoir ce qui est bien spirituellement.
Bien sûr, il peut saisir le sens formel de la vérité. Quand l’homme
mauvais lit les Écritures, il peut comprendre la signification des mots
et les pensées exprimées par ces mots, mais son esprit est si obscurci,
que chaque fois que ces vérités concernant Dieu lui sont exposées, il
les déteste et désire s’en détourner. Il est rebelle à la clarté
de la Parole et il la rejette loin de lui. C’est tellement vrai que
Jésus dit à Nicodème: «à moins de renaître d’en haut (naître de
nouveau), personne ne peut voir le royaume de Dieu.» Son esprit est si
enténébré par le mensonge, qu’il ne s’y trouve aucune place pour
la vérité.
C’est exactement la même chose pour la volonté de
l’homme. L’esclavage de la volonté décrit précisément l’état
de l’homme. Son esprit est captif (emprisonné par le péché). L’homme
ne peut même pas désirer faire le bien. Le pécheur ne peut pas faire
ce qui est bien, ni le veut-il. C’est sa nature, il est mort. Un homme
mort peut-il penser ou désirer? Un homme mort peut-il donner signe de
vie? L’homme mort spirituellement est incapable de bien spirituel.
Regardons ce que les Canons expriment aux chapitres
III/IV, Article 1:
Au commencement, l’homme a été créé à l’image
de Dieu. Sa compréhension était embellie de la vraie et salutaire
connaissance de son Créateur, et des choses spirituelles; son cœur
et sa volonté étaient droits; ses affections étaient pures; l’homme
en entier était saint; mais en se révoltant contre Dieu sous l’instigation
de Satan, et abusant de la liberté de sa propre volonté, il venait
de perdre ces dons excellents. Au contraire, il entraînait sur lui
des conséquences terribles; un esprit aveuglé, un jugement pervers
et vaniteux, et une noirceur terrible, il devint méchant, rebelle,
opiniâtre de coeur et d’esprit et impur dans ses affections.
Je ne peux penser à une description de l’homme
pire que celle-ci. Votre objection sera peut-être de dire: «Oui, mais
les Canons parlent d’une faible lueur de lumière naturelle.» C’est
vrai! Ils parlent d’une faible lueur de lumière par laquelle l’homme
maintient une certaine connaissance de Dieu, des choses naturelles, et
de la différence entre le bien et le mal. Ces faibles lueurs donnent à
l’homme un respect pour la vertu, pour le bon ordre dans la société,
et pour garder un comportement extérieur ordonné.
Mais deux remarques doivent être apportées à cet
égard:
En premier, quand Dieu apporta la mort sur l’homme
comme châtiment pour le péché, Dieu n’a pas fait de l’homme un
diable, ni un animal. L’homme est demeuré un homme. C’est ce que
nos Canons veulent dire. Il était totalement dépravé; mais il était
emphatiquement un homme totalement dépravé. Parfois on objecte, que si
Dieu n’avait pas préservé quelques restes de bon dans l’homme,
alors l’homme serait devenu un démon ou une bête. C’est absurde! L’homme
ne serait pas devenu un démon ou une bête si certains éléments de
bonté n’étaient pas préservés en lui. Il a été créé un homme.
En tant qu’homme, Dieu le punit. En tant qu’homme, Dieu le chasse
hors de son monde. En tant qu’homme, Dieu l’envoie en enfer. Mais il
demeure un homme. C’est ce que veulent dire les Canons.
Deuxièmement, les Canons nous expliquent en quoi
consistent ces faibles lueurs de lumière dans la nature de l’homme;
et les Canons dans le même article (III/IV:4) démontrent clairement qu’ils
ne veulent pas dire que l’homme est encore bon.
Mais cette lumière naturelle est bien loin d’être
suffisante pour amener l’homme au salut et à la connaissance de Dieu,
et à une véritable conversion; il est incapable de l’utiliser
droitement, même dans les choses naturelles et civiles. Même plus,
cette lumière en tant que telle, deviendra polluée en entier par l’homme
de différentes façons, puisqu’il est incapable de droiture dans son
comportement et qu’il devient inexcusable devant Dieu.
C’est la triste image de l’homme rendue par nos
Canons en défendant la vérité de la dépravation totale. Et le point
est que, si la nature de l’homme est morte, on ne peut s’attendre à
ce que cette nature morte produise de bonnes œuvres. Comment est-ce
possible? Comment un homme mort peut-il faire le bien, quel qu’il soit;
naturel, externe ou autre? Un arbre pourri peut-il porter de bons
fruits? Une fontaine polluée peut-elle donner de l’eau douce? Un
corps mort peut-il donner la vie? Si la nature de l’homme est
dépravée, non seulement dans toutes ses parties, mais de sorte que
chaque partie est complètement corrompue, alors il n’y a aucun bien
que l’homme puisse accomplir en aucun sens du mot, qui soit agréable
aux yeux de Dieu. Il ne peut faire le bien naturel. Il ne peut faire le
bien spirituel. Il ne peut faire le bien civil. Il ne peut conformer sa
nature aux lois de Dieu. Il ne peut désirer son salut. Il est lié sans
espoir, par les chaînes du péché.
Rien de bien ne peut être trouvé aussi parmi les
païens. Si souvent on veut nous convaincre que les païens tentent
désespérément de se libérer de leurs idoles; qu’ils désirent de
tout cœur échapper aux chaînes du royaume des ténèbres. Et ils nous
disent vouloir servir le vrai Dieu, si seulement ils savaient qui il
est. Ils attendent avec impatience que quelqu’un leur parle du vrai
Dieu, de Christ, parce que leurs désirs sont dans la direction de la
vraie religion. Ainsi quand l’Évangile est prêchée, cet évangile
leur apporte les mots qu’ils désirent entendre depuis longtemps et qu’ils
s’empressent d’embrasser.
Rien n’est plus faux et cela ne se produira pas.
Nous ne devons pas adoucir la rudesse des paroles de l’Évangile. L’homme
est totalement dépravé et en lui ne se trouve rien de bon.
Je suppose que certains s’objecteraient à tout
ceci et insisteraient en disant: «Oui, mais quand je sors et que j’observe
la conduite des gens autour de moi, je remarque des choses contraires à
ce que vous dites. Je vois beaucoup d’amour dans le monde; l’amour
entre l’homme et sa femme; l’amour entre les parents et les enfants;
l’amour de l’homme pour l’homme. Il y a beaucoup de compassion, de
philanthropie et de désir de s’aider les uns les autres dans un monde
mauvais. Il y a des accomplissements merveilleux, qui frappent notre
imagination au niveau de la science, de la technologie, et de l’industrie.
En médecine il y a des performances exceptionnelles de guérison.
Quelles œuvres puissantes l’homme peut produire! L’homme est
capable de grandes choses! N’êtes-vous pas excessivement dur? Vos
propos ne sont-ils pas injustes? Ne fermez-vous pas les yeux sur des
réalités évidentes qui nous entourent? Allez de par le monde et vous
trouverez que votre jugement sur l’homme est trop sévère.»
Que devons-nous répondre?
Trois remarques doivent être apportées
Premièrement, il faut se rappeler ce qui a été dit
dans l’introduction. Nous ne parlons pas de la vérité de la
dépravation totale, basée sur l’observation. En faisant ainsi, nous
échouerions. Nous ne devons pas porter attention à ce que l’homme
dit sur l’homme. Nous devons plutôt écouter la Parole de Dieu—ce
que Dieu dit sur l’homme. Dieu connaît les cœurs. Nous avons un
appel, celui de s’incliner devant la Parole de Dieu. Et Dieu dit que l’homme
est mort.
Deuxièmement, nous devons dire quelque chose à
propos des bonnes œuvres apparentes. Ce problème, assez frappant,
était déjà présent à l’époque d’Augustin. Il y avait ceux qui
s’objectaient à la doctrine d’Augustin sur la même base. Mais
Augustin avait fait ce commentaire très pointu: le bon apparent que les
homme font, est le résultat du fait que, dans leur vie, un genre de
convoitise réprime et retient une autre sorte de convoitise. Il donnait
l’exemple de l’homme, dont la vie était dominée par la convoitise
de l’argent. Cet homme là était tellement préoccupé à acquérir
pour lui-même une abondance de biens matériels, que cette convoitise
dominante prend toute la place dans sa vie. C’est une force dominante
qui bannit toutes les autres convoitises. Dans sa poursuite du gain, il
laisse tomber tous les autres plaisirs. Il ne veut pas gaspiller son
argent dans la gourmandise, dans l’ivrognerie, ou dans une vie de
débauche. Il mange frugalement et boit avec modération. Il ne gaspille
pas son accumulation d’or et d’argent, dans une vie adultère. C’est
insensé pour lui, car seul l’argent l’intéresse. C’est l’explication
du bien apparent que les hommes font. Une convoitise en restreint une
autre. C’était la réponse d’Augustin. Et c’est vrai encore
aujourd’hui.
Pouvez-vous appeler «bonnes» ces choses que l’homme
fait? Pouvez-vous appeler cela «bon» quand un homme renonce aux
plaisirs de l’adultère, afin d’accumuler de plus grandes richesses
pour lui-même? Est-ce bon aux yeux de Dieu? Certes non! Il en est de
même pour la supposée apparente philanthrophie des hommes et de leurs
nombreuses œuvres de bonté. Tout ce que l’homme désire dans sa vie,
c’est d’être honoré et reconnu. Le péché est l’orgueil, et l’homme
recherche toujours à s’exalter devant les yeux de ses contemporains.
Par cette force dominante, cette convoitise pour l’honneur et la
renommée, il est prêt à faire des largesses à l’étranger. Il
partage volontiers ses richesses avec le monde, afin d’en être loué
et d’entendre de ses oreilles les éloges de ceux avec qui il vit.
Croyez-vous que c’est «bon»? Comment cela peut-il être «bon»?
Dans un sens plus large du mot, ceci est vrai de
toute l’histoire de ce triste monde. Quand Dieu créa Adam dans le
Paradis, Il le plaça au milieu de ce monde merveilleux, afin qu’il
puisse aimer Dieu de tout son cœur, de tout son esprit, de toute son
âme et de toute sa force. Le monde lui avait été donné pour
glorifier son Créateur. C’était la seule raison de son existence.
Mais Adam refusa et écouta le diable. Il écouta le diable lui murmurer:
«Vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal.» Adam prit
parti avec le diable. C’était le but de l’ennemi, de déloger Dieu
de son trône et s’accaparer le monde de Dieu, et pour accomplir son
plan, il avait enrôlé l’homme. Le péché veut donc dire (de ce
point de vue) que l’homme qui se tient du même coté que le diable,
recherche dans tout ce qu’il fait à poursuivre le plan diabolique de
faire de ce monde le royaume de Satan. Ça détermine tout! C’est ce
que le péché signifie! C’est la haine de Dieu. C’est la rébellion
contre le Très-Haut. Ça devient donc une tentative désespérée de la
part de l’homme de saisir le monde dans lequel il a été placé et
sans relâche il essaiera d’en devenir le maître; de chasser Dieu de
Son monde; de détrôner Christ; de rendre cet univers assujetti au
péché. Et pour accomplir ce but, il utilisera tous les moyens à sa
disposition. Et s’il le doit, dans la poursuite de ce but, il
délaissera certains plaisirs pour arriver à ses fins. Il sait que si
le gouvernement n’était pas institué pour faire des lois et les
mettre en vigueur, ce serait l’anarchie qui prévaudrait. Et l’anarchie
l’empêcherait d’atteindre son but. Alors il ne fait pas seulement
les lois, mais il s’y conforme. Il fera cela aussi longtemps qu’il
le faudra, afin de chasser Dieu hors de Son monde. Et aussitôt qu’il
croit pouvoir échapper à la colère de Dieu et à ses conséquences,
il fera ce qui lui plait. Assit sur son orgueil, il dira: «Le monde m’appartient.
Dieu est parti. Je peut faire comme il me plait—pécher à volonté.
Il n’y a plus aucun besoin de s’inquiéter des conséquences du
péché. Dieu est banni de son trône.» Tout ce que l’homme fait
alors, (tout ce bien apparent) est déterminé par ce désir dominant.
Il peut se tenir aux frontières de l’espace. Il peut faire des
inventions merveilleuses dans le domaine des sciences. Mai tout ça, c’est
parce qu’il est engagé dans un combat désespéré, pour arracher ce
monde des mains de son Créateur. Il ne prendra aucun repos, tant que
son but ne sera pas atteint. Ce principe est profondément ancré dans
sa vie. C’est pourquoi tout le péché de la race humaine culmine
enfin dans cet homme de péché, le Fils de la Perdition, l’Antéchrist.
Dans l’Antéchrist il pense atteindre son but.
Sans aucun doute la dépravation est totale.
III Qu’elle est l’importance de cette doctrine?
Pour conclure deux remarques sont apportées. En
premier, l’importance de cette doctrine est théologique. Cela
signifie deux choses:
Tout d’abord, la vérité de la dépravation totale
n’est pas une doctrine isolée. Elle est étroitement reliée et
entrelacée avec les quatre autres points du Calvinisme. Et parce que c’est
vrai, elle est étroitement liée avec toute la vérité des Écritures.
C’est avec raison que notre Catéchisme d’Heildelberg débute sa
discussion de la vérité entière par rapport au sens de la
dépravation totale.
Sommes-nous si corrompus que nous sommes incapables de faire le bien
quel qu’il soit ? Nous le sommes en effet, à moins d’être
régénérés par l’Esprit de Dieu.
C’est sur cette base que le Catéchisme érige la
structure entière de la vérité. La vérité de la dépravation totale
fait partie de toute la vérité de l’Écriture. Si cette vérité est
niée, amoindrie, pervertie à quelque égard, il devient impossible de
préserver la moindre partie de la Parole de Dieu. Historiquement ça s’est
avéré vrai. Et ça repose dans la nature de la cause spécifiée. C’est
aussi vrai en ce qui regarde les Cinq Points du Calvinisme. Nier la
dépravation totale nous amène à nier la grâce souveraine.
Inévitablement, ça nous mène aussi à un démenti de la rédemption
particulière (ou rachat limité) et à l’élection inconditionnelle.
De même la préservation des saints tombe nécessairement de côté.
Ça ne peut être démontré en détail dans ce chapitre, mais tout ça
sera clarifié amplement dans les chapitres qui vont suivre. Mais il
devrait être clair que si l’homme n’est pas totalement dépravé,
alors la grâce ne peut être souveraine. Dans la mesure où il n’est
pas totalement dépravé, l’homme est capable de faire le bien. Et à
cet égard, il est capable de participer à l’œuvre du salut. Donc à
ce point, la grâce n’est pas souveraine du tout. Les deux vérités
se tiennent ou tombent ensemble. Et ainsi en est-il de toute la vérité.
Deuxièmement, tout ceci signifie (et plus sérieux
encore) que la vérité de la dépravation est la seule vérité qui
préserve intacte la gloire de Dieu. Dans la mesure où le bien est
attribué à l’homme, la gloire est enlevée à notre adorable Dieu.
Dans la mesure que l’homme est reconnu pour être «autre» que ce que
l’Écriture dit de lui, Dieu n’est plus le glorieux, souverain et
saint Dieu du ciel et de la terre.
Et ceci nous amène au dernier point. Cette vérité
est également importante, en ce qui concerne la vie de l’enfant de
Dieu.
La doctrine de la dépravation totale n’est pas un
dogme froid et abstrait. C’est la confession vivante du peuple de Dieu.
Mais même cette confession n’est pas quelque chose qu’il fait de
lui-même. Elle est le fruit de la grâce. Car la caractéristique du
pécheur c’est de s’exalter lui-même dans son orgueil, dans sa
grandeur et son arrogance. Dans ce concept effrayant il refuse d’admettre
sa dépravation totale et se vante de sa propre bonté devant la face du
Très-Haut. Mais quand la brillante lumière de la Sainteté de Dieu et
la puissance de la grâce souveraine pénètre dans le cœur de celui
que Dieu à élu, il se voit exposé nu devant la face de Celui qui
connaît les cœurs, et il entend avec effroi les sentences terribles de
la Parole de Dieu. Il se voit sans valeur, corrompu, dépravé,
incapable de faire le bien. Et les paroles des saints de tous les temps
résonnent dans son propre cœur: «Voici j’ai été formé dans l’iniquité
et ma mère m’a conçu dans le péché.» Que Dieu soit compatissant
envers moi, car je suis un pécheur. «Misérable que je suis. Qui me
délivrera de ce corps de mort?»
Voila la confession vivante d’un enfant de Dieu.
Quand cette confession saisit son âme et qu’il se voit tel qu’il
est, comme la Parole de Dieu le décrit, alors, c’est avec les yeux
remplis de larmes qu’il peut aussi voir la croix. C’est seulement en
devenant conscient du péché, qu’il peut voir la merveille et la
puissance de la croix; le pardon et la grâce qui y sont révélés; l’infinie
splendeur de l’amour de Dieu manifesté dans le sang versé à la
croix. Et voyant ceci, il aperçoit la merveille de la grâce souveraine
et de son cœur s’élève une doxologie d’éloges et de louanges à
la gloire de Dieu—le Dieu de son salut.
Élection Inconditionnelle
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